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06/12/2014

La citation du jour

« Tarik a vingt-cinq ans, cela fait cinquante ans que Tarik a vingt-cinq ans, peut-être des siècles et des silences. Tarik a vingt-cinq ans, il a connu la dislocation des corps. La combustion des chairs. La fracture des os. Mais à la mort Tarik a toujours opposé le rire. Car c’est bien la seule protection, le seul chemin contre et vers l’inévitable désastre. Tarik a raison, rien n’est plus drôle que ce monde bien délimité, bien découpé, bien organisé et pourtant sans dessus dessous.»

Yannick Torlini, Nous avons marché, Al Dante 2014

05/12/2014

La citation du jour

« Il s’était amusé à reconstituer un planisphère avec Tahiti pour centre. Un environnement qui n’avait rien à voir avec celui des documents officiels où la métropole occupait cette place-là. Tout autour, pas de pays en dur mais un monde d’eau parsemé d’îles. Aux horizons des océans, les continents ou terres les plus proches étaient représentés par le Chili, à huit mille kilomètres, ou la côte californienne, au nord-est, à six mille quatre cents kilomètres. De quoi façonner un imaginaire différent de celui des farani*. »

Jean-Luc Marty, La mer à courir, Julliard 2014

 

* Nom donné à Tahiti aux Français de la métropole

01/12/2014

L’Etranger

Albert Camus, José Muñoz

L’Etranger

 

EtrangerPla.gifSi 2013 annonçait le centenaire de la naissance d’Albert Camus, 2012 marquait le cinquantenaire de sa disparition et le soixante-dixième anniversaire de la parution du roman l’Etranger. Les éditions Gallimard et Futuropolis se sont associées à cette occasion pour en offrir une édition originale, un beau livre selon la formule consacrée,  qui présente deux originalités : le grand format d’abord et un nouveau découpage du célèbre roman et surtout les dessins de l’Argentin José Muñoz qui accompagnent le texte de l’enfant de Belcourt.

Les dessins sont en noir et blanc, jouant des contrastes, des vides et des pleins, du délié et de l’épais, de l’ombre et de la lumière où le blanc, dominant, traduit cette « saturation solaire » selon la formule de Michel Onfray. Les portraits sont taillés à la serpe et les paysages, ceux de la campagne, de la plage ou de la ville, se déploient plus amples et délicats. Chez Muñoz, Meursault a les traits de Camus.

Avec un coup de crayon économe, minimaliste, José Muñoz parvient à une formidable expressivité. Il faut admirer ses compositions d’un Meursault préparant son frichti ou se baignant avec Marie, l’ombre d’un arbre et le vent que l’on imagine caresser un feuillage à proximité d’un marabout gorgé de soleil.

On a souvent reproché à Camus l’absence de l’ « Arabe » dans ses romans. De l’autre côté de la Méditerranée notamment, le blâme persiste. Ici l’Arabe, l’indigène, l’Algérien est omniprésent : on le croise, dans les rues, sur le pas des portes, à travers la vitre d’un autocar et bien sûr cette plage où retentiront ces « quatre coups brefs » frappés « sur la porte du malheur ». Et oui, si l’Algérie de papa pouvait s’adonner avec plus ou moins de subtilité à l’art de la ségrégation voir de l’apartheid, au point de pouvoir faire disparaître l’Arabe des romans, il était impossible de le gommer des champs de vision. Comme Alexis Jenni fait dire à un de ses personnages : « Camus, qui s’y connaissait, donne l’image parfaite de l’Arabe : il est toujours là dans le décor, sans rien dire.  Quoi que l’on fasse on tombe dessus, il est là et finira pas gêner ; il obsède comme une nuée de phosphènes dont on ne se débarrasse pas, il trouble la vision ; on finit par tirer. On est finalement condamner parce qu’on ne se repent pas, on chassait les phosphènes d’un geste de la main, mais l’opprobre général est un soulagement. On a fait ce que chacun désirait, et il faut payer maintenant, mais cela a été fait. La violence de la situation est telle qu’il faut des sacrifices humains réguliers pour apaiser la tension qui sinon nous détruirait tous. » (L’Art français de la guerre, Gallimard, 2011).

José Muñoz a choisi de donner une illustration sobre, jamais envahissante. La performance tient au fait que, se coulant, presque respectueusement, dans l’œuvre de Camus, elle est, dans le même mouvement, (re)création.

 

Gallimard et Futoropolis 2012, 144 pages, 22€

 

30/11/2014

La citation du jour

« Ossiri lui révéla combien il était riche du simple fait d’avoir voyagé. « Kassoum, jusque parce que tu es là, tu es un homme meilleur. Meilleur que les gens du Colosse parce qu’ils ne connaîtront jamais Paris. Meilleur que les gens de Paris parce qu’ils ne connaîtront jamais le Colosse ».

 

Gauz, Debout-payé, Le Nouvel Attila, 2014

29/11/2014

La citation du jour

« Mais chez la plupart des humains, le ghetto, riche ou pauvre, rétrécit l’horizon, il fabrique des barreaux dans la tête. Tout se passait comme si en prenant l’habitude de sortir de la MECI, ils avaient peur de s’habituer à de trop bonnes choses normales, des choses simples comme un hall d’immeuble propre, des toilettes nettoyées, une chasse d’au qui marches, des escaliers réguliers, des murs immaculés, des souris et des cafards absents, des poubelles vidées… « Le pire dans la misère, c’est de s’accoutumer au manque. »* Kassoum connaissait bien ce syndrome du ghetto. Il l’avait largement expérimenté au Colosse. Il n’allait pas recommencer à Paris. Il voyait Ossiri sortir tous les matins pour ne rentrer que tard le soir. Il décida de le suivre. »

  • Michel Alex Kipré, Sang pansé, L’Harmattant-FratMat.

 

Gauz, Debout-payé, Le Nouvel Attila, 2014

28/11/2014

La citation du jour

« DIALOGUE

-       Avec votre costume noir, vous ressemblez à Samuel L. Jackson dans  Jackie Brown. (Un homme s’adressant au vigile dans un grand sourire satisfait de lui.)

-       Vous voulez plutôt parler de Pulp fiction. (Le vigile.)

-       Hein ?

-       Pulp fiction

-       Non, Jackie Brown, le film où il y a la jolie nana black là.

-       Samuel L. Jackson ne portait pas de costume noir dans ce film-là, monsieur. Il avait une veste ringarde vert fluo et portait toujours une casquette Kangol à l’envers. Mais par contre dans  Pulp fiction…

-       Ah bon ? Vous connaissez le cinéma, vous ?

L’homme, dubitatif, continue son chemin dans une allée. »

 

Gauz, Debout-payé, Le Nouvel Attila, 2014

24/11/2014

Guerre. Et si ça nous arrivait ?

Janne Teller

Guerre. Et si ça nous arrivait ?

Foto-Janne-Teller.jpgAttention : âmes sensibles s’abstenir ! Les plus émotifs et imaginatifs parmi les jeunes lecteurs risquent de se faire des frayeurs en lisant le livre concocté par Janne Teller, danoise d’origine austro-allemande par sa famille. Chez les aînés – car ce livre peut, et doit être lu, par tous – il aidera les uns à réfléchir et les autres à vivre une expérience par procuration. Quand aux blasés, qu’ils continuent à ruminer dans leur coin !

De quoi s’agit-il ? Rien moins que d’imaginer devenir un réfugié, un exilé en mal de sécurité, en quête de mieux vivre et de chaleur humaine. Prenez une famille française, oui ! oui ! française. Persécutée dans son propre pays après la prise du pouvoir par quelques factions autoritaires et va-t’en-guerre. Par les temps qui courent la fiction, pour être improbable, n’est pas totalement farfelu… Nos héros, franchouillards de toujours et certains à jamais de leur liberté tricolore, se retrouvent pourtant le bec dans l’eau : obligés de se dépatouiller entre persécutions, mal vie et projets de fuite. Et là, il faut monnayer et subir le diktat des passeurs !

Janne Teller est impitoyable : non contente de mettre nos gamins sur le gril de la méchanceté humaine, voilà qu’elle oblige ces pauvres Français, parents et enfants, à devoir s’esbigner de l’autre côté de la Méditerranée. Aller trouver refuge chez les Arabes ! Un comble ! Vous imaginez ?! Les héritiers de Voltaire et d’Hugo, donneurs de leçons urbi et orbi aller quémander aux rejetons de Moubarek et autre El-Banna. Et pourquoi pas l’Algérie encore ! Ce monde serait cul par dessus tête. Sans compter qu’il faudra croupir quelques deux ans dans un camp de réfugiés en Egypte et manifester par la suite de claires intentions d’intégration. Brrr ! cela fait froid dans le dos, non ?

Ce livre est judicieusement proposé sous la forme d’un passeport, sésame hier de tous les voyages et de toutes les aventures humaines. Janne Teller y renverse les perspectives  et raconte l’exil vécu par un gamin de Copenhague (première édition danoise en 2004), de Berlin (40 000 exemplaires vendus en Allemagne) ou de Paris. Comprendre en étant capable de se mettre à la place de l’Autre, voilà le pari pédagogique de cette démarche qui invite à l’imagination et à l’empathie et qui s’ouvre par cette question-suggestion : « Et si, aujourd’hui, il y avait  la guerre en France… où irais-tu ? ». Tout ici est fiction, ou presque, car à l’heure de la crise, il faut bien constater que dans nombre de pays européens, les flux migratoires bougent : les Espagnols, les Italiens, les Portugais et même les Français sont de plus en plus nombreux à aller chercher ailleurs le droit de vivre dignement, au point de voir certains pays comme le Brésil froncer les sourcils.

Le talent de l’auteure, en distillant ici ou là quelques doses d’inquiétudes, est d’aider à réfléchir à l’état du monde, devenu un « village-planétaire », une « société-monde », où tout et tous sont interconnectés.

 

Illustrations de Jean-François Martin, traduit du danois par Laurence W.O.Larsen. Edition Les Grandes personnes, 2012, 64 pages, 7,90€. A partir de 12 ans

 

23/11/2014

La citation du jour

« Au début, la police crut que c’était un Noir, ensuite, après le premier lavage, un Arabe, mais après le deuxième bain tout devint clair – c’était un enfant rom. »

Velibor Čolić, Ederlezi. Comédie pessimiste, Gallimard 2014

22/11/2014

La citation du jour

« Quand nous buvons, nous sommes ivres. Et une fois ivres, nous dormons. Quand nous sommes endormis, nous ne commettons pas de pêchés. Et si nous ne pêchons pas, nous allons au paradis. Voilà pourquoi je bois, pour aller au paradis. »

Velibor Čolić, Ederlezi. Comédie pessimiste, Gallimard 2014

21/11/2014

La citation du jour

« Il y a trois preuves que Jésus était un Tzigane. La première : il a transformé l’eau en vin. La deuxième : il n’a jamais travaillé, il a juste trainé un peu partout. Et enfin la troisième : s’il a réussi à faire quelque chose, c’était toujours un miracle. »

 

Velibor Čolić, Ederlezi. Comédie pessimiste, Gallimard 2014