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10/05/2014

La citation du jour

 

« Paris, ce serait juste cet immense hall de gare qu’ils traversaient très vite, encadrés de très près comme s’ils avaient volé ou tué, presque soulagés quand ils étaient pris, enfoncés dans l’ombre d’un fourgon, dans la nuit de ce qu’on appelait « la chambre », sans être frappés ni vraiment méprisés ; ne sachant pas qu’ils faisaient partie, avec les putains et les vendeurs de crack, des cas « élucidés », que ce n’était pas la peine avec eux de faire une longue enquête pour parvenir à la vérité, qu’ils allaient permettre aux policiers qui les avaient arrêtés d’obtenir, à la fin du mois, la prime de mérite, les félicitations de toute la hiérarchie pour les opérations fructueuses menées sur les quais de Bercy avec, à la clef, la remise de médailles à chacun dans le commissariats. »

 

Jean-Noël Pancrazi, Indétectable, Gallimard 2014

 

09/05/2014

La citation du jour

« Quand nous avons fêté les cent ans de Nicolas, j’en avais douze. J’avais pensé un instant qu’il ne mourrait jamais. Il était parti de Saint-Pétersbourg en y laissant toute son histoire, mais il avait eu le temps d’emporter une petite statue de Pouchkine, un buste, qu’il m’offrit ce jour-là.

- Tiens, Ptit’sa. C’est pour toi. Comme cela, tu n’oublieras jamais d’où nous venons. Et sache bien que l’argent n’a aucune importance, crois-moi, je peux te le dire ! L’argent est une chose fragile, qui va et vient, et s’épuise. Sois riche de mille autres choses ma chérie, c’est ce que t’enseignera cette statue. Ne te laisse jamais engourdir. Souviens-toi de notre histoire et des chemins que la vie peut parfois prendre. »

Tania Sollogoub, La Maison russe, La Martinière 2014

 

04/05/2014

La citation du jour

"Certaines paroles "remplissent" l'esprit, d'autres ont le pouvoir de le vider, et ces dernières sont les plus belles. C'est dans ces potentialités qu'il faut chercher l'esprit, et non dans ce qu'il "contient", ou, comme l'a dit Khalil Gilbran, l'homme ne se mesure pas à ses réalisations mais à ses aspirations, à ses désirs. L'esprit est une aspiration, une nostalgie d'avenir. Mais à quoi aspire-t-il, et qu'en attend-il ?"

Hussein Al-Barghouti, Lumière bleue, Sindbad, 2004

03/05/2014

La citation du jour

« Lorsque Wang Yajun était passé pour la première fois près de moi, cette odeur prenante m’avait soudain fait comprendre qu’il pouvait y avoir de belles choses au monde. »

Wang Gang, English, Philippe Picquier, 2008

02/05/2014

La citation du jour

« Midi sonné, leurs outils rangés, ils s’étaient amassés dans le local pour réchauffer leur gamelle, saucer leur pain, avec ce bloc de patience et d’humilité dans laquelle ils semblaient tous avoir été taillés. Et c’était pitié de les voir expédier leur dessert, pomme ou crème caramel, à la minute où le patron apparaissait, infichu, tout patron qu’il était, de retenir leurs prénoms, de comprendre que, parmi ceux qu’il appelait ses gars ou bien ses Mamadou, il y avait là, aussi, des pères, des étudiants et des héros. »

Fabienne Kanor, Faire l’aventure, JC Lattès, 2014

 

27/04/2014

La citation du jour

« En fait, la détermination et la fermeté m’avaient déjà quitté dans l’avion. Pendant le vol alors que je croyais m’éloigner de plus en plus du gouffre bouillonnant en plein effondrement, je m’approchais de plus en plus, sans le savoir, d’un autre abîme, caché en moi, tout aussi bouillonnant et vide, tout aussi criblé de doutes et d’hésitations. »

David Albahari, Hitler à Chicago, Les Allusifs 2008

26/04/2014

La citation du jour

« Les gens comme moi – et presque tout le monde est comme moi, sans toutefois l’admettre – finissent par ne faire qu’un avec leur rôle. Nous sommes le rôle que nous jouons. N’est-ce pas Shakespeare qui a écrit : « Le monde entier est un théâtre, et les hommes et les femmes ne sont que des acteurs » ? Ou quelque chose du genre. (…) Pas bête ce William. Les psys, dans leur jargon, nous répètent jusqu’à plus soif qu’il faut être vrai, authentique, fidèle à soi. Il y a quelques siècles déjà, Shakespeare avait compris déjà que c’était de la bouillie pour les chats. Les moi auxquels nous sommes censés nous conformer sont de simples constructions – des rôles que nous jouons,  des rôles qui nous sont confiés ou que nous inventons pour nous-mêmes. Le conseil suivant serait beaucoup plus utile : soyez fidèle au rôle qui vous échoit. Devant pareille idée, la plupart des gens se récrieraient, mais prenez la spontanéité, par exemple. Les enfants sont naturellement spontanés, ils naissent ainsi, et pourtant leurs parents leur répètent que c’est mauvais. Pense avant d’agir. Ne saute pas dans cette flaque de boue. Mais vous en mourez d’envie. A partir du moment où vous vous retenez, ou vous contournez la flaque, vous dérogez à votre nature. Vous incarnez un rôle et prenez la personnalité qui l’accompagne, celui du gentil petit garçon qui remise son vrai moi dans quelque obscur recoin. »

 

Neil Bissoondath, Cartes postales de l’enfer, Phébus 2009

 

 

 

25/04/2014

La citation du jour

« Je  n’aime pas beaucoup l’expression frelatée de « devoir de mémoire », qui me semble, au fond, à peine moins rébarbative que celle de « devoir conjugal ».

Guy Scarpetta, Guido, Gallimard 2014

 

 

20/04/2014

La citation du jour

« J’en fais le serment alors : une fois là où nous pourrons être en vie sans avoir à justifier, détailler, exhiber la moindre seconde nous ayant conduits  avec tant d’autres à l’exil, plus jamais je n’emprunterai le chemin des  mots qui me ramène au drame. Nous serons neuf et tu auras le droit de croire  aux promesses du monde. »

Carole Zalberg, Feu pour feu, Actes Sud 2014

19/04/2014

La citation du jour

« La deuxième fois qu’on le découvrit rongé par les charognards dans le même bureau, avec le même uniforme et dans la même positon, aucun d’entre nous n’était assez vieux pour se rappeler ce qui était arrivé la première fois mais nous savions qu’aucune preuve de sa mort n’était évidente étant donné qu’une vérité cache toujours une autre vérité. Les moins prudents eux-mêmes ne se fiaient pas aux apparences, on l’avait si souvent affirmé l’épilepsie le ravageait et il s’écroulait sur son trône en pleine audience, se tordant sous les convulsions et vomissant une écume de fiel, et il avait perdu la voix à force de discourir, des ventriloques se dissimulant derrière les rideaux pour faire croire qu’il parlait, et des écailles d’alose lui poussaient sur le corps pour le punir de sa perversité, et dans la fraicheur de décembre sa hernie lui chantait musique et il ne pouvait se déplacer qu’à l’aide d’une chaise orthopédique dans laquelle il trimballait sa roupette herniée, et un fourgon militaire avait livré à minuit par la porte de service un cercueil avec des incrustations d’or et des torsades pourpres (…), pourtant quand les rumeurs de sa mort semblaient les plus sûres on le voyait paraître plus vivant et plus autoritaire que jamais au moment le plus imprévu pour imposer d’autres caps imprévisibles à notre destin. »

Gabriel Garcia Marquez, L’automne du patriarche, Grasset 1976