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20/01/2010

Éboueur sur échafaud

Abdel Hafed Benotman
Éboueur sur échafaud


images.jpgEn 2000 l’auteur faisait paraître chez le même éditeur, Forcenés, un premier recueil de nouvelles. Les histoires terrifiantes plongeaient dans le tréfonds de l’espèce humaine pour en extirper une charge de violence impressionnante. On sortait de cette lecture comme souillé et cela était sans doute à mettre au compte de l’intégrité de l’auteur et au crédit de sa plume. Dans cet Éboueur sur échafaud, Abdel Hafed Benotman raconte son histoire. Celle justement qui a conduit un gamin à emprunter les chemins de la débrouille, de la révolte et au bout celui de la violence. Il accomplira le circuit complet : police, dépôt, justice, éducateurs, psychologues, jusqu’au piège de la prison qui “ne souhaite engendrer que des monstres.”

La famille Bounoura est domptée avec une poigne de fer par Benamar, le père despote adepte de la torgnole musclée à l’encontre de ses enfants comme seule méthode éducative. Il les bat jusqu’à les laisser sur le carreau, jusqu’à les terroriser. Nabila, la mère, est à moitié folle. Les coups reçus comme la peur du père casseront les liens au sein du foyer aussi sûrement qu’ils laisseront leurs marques sur les corps et dans les têtes des quatre membres de la fratrie.

Nono, l’aîné, après avoir été expédié en Algérie par le dictateur pour un service national destructeur, revient en France. Soumis, il abandonne ses rêves de bohême pour prendre à son compte l’héritage paternel tout en vomissant sur ses frères “arabes”.

Karima, l’intello, fuit l’ambiance brutale et délétère dans des études studieuses et brillantes : “elle avait décidé de passer de l’autre côté, dans l’autre camp”, écrit Benotman.
Reste Nadou “la préférée” de Fafa, le petit dernier de la tribu Bounoura. Tous deux sont embarqués dans des dérives, finalement parallèles. Si Nadou, en multipliant les tentatives de suicide et en se marginalisant, retourne la violence contre elle, Abdel Hafed Benotman, alias Fafa, finira par retourner cette violence trop longtemps accumulée et contenue contre la société. Il entre en résistance, contre les autres, contre le monde mais aussi contre lui-même : “monsieur et madame Bounoura avaient fait de Fafa un parfait masochiste sans le savoir, sans le vouloir, un artiste sans art. N’ayant plus sa dose chez lui, Fafa allait chercher la douleur ailleurs, dans la rue, seul endroit où la société, trafiquante d’avenir, deale sa came : la folie”.

Avec une justesse de ton et sans jamais donner dans le sensationnel ou l’exotique, Abdel Hafed Benotman raconte une histoire terrible celle qui conduit un enfant, par la faute des hommes à “douter de l’enfance” et à “dégueuler [un] avenir qui lui [donne] la nausée”. Éternelle histoire qui se répète et se répétera. En cela Éboueur sur échafaud est aussi un témoignage utile sur notre époque et ses dérives. “Mal écrit parce que mal vécu ?” interroge en exergue l’auteur qui, plus loin, explique que Fafa “cherchant un territoire vierge que nul ne pouvait fouler, s’était mis à écrire. Illettrés, ses parents ne pouvaient venir saccager cet espace de liberté créé”. Plutôt bien écrit parce que mal vécu !

Edition Rivages / Écrits noirs, 2003,189 pages, 15 €

Photo : Léo Ridet

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