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Le jour du Watusi I, Les Jeux féroces

Francisco Casavella
Le jour du Watusi  I, Les Jeux féroces



images.jpgBarcelonais de quarante-deux ans et auteur de quatre romans à la sortie de ce premier tome du Jour du Watusi, Francisco Casavella appartient à la jeune génération des romanciers espagnols et la critique hispanique voyaient en lui un des piliers de la nouvelle littérature nationale. Les Jeux féroces est le premier volet d’un triptyque sur « une Espagne de la transition qui titube entre franquisme moribond et démocratie balbutiante » (dixit l’éditeur). Les deux autres tomes, Du vent et des bijoux et Le Langage impossible sont parus la même année. Francisco Casavella écrit dans une langue touffue et chargée, une densité nourrit de précisions et de descriptions, d’allusions, de renvois et de rappels. Il dissèque la ville, les groupes sociaux et l’histoire récente de son pays.
Cette première livraison s’ouvre sur l’année 1995 et sur une mystérieuse demande de « Rapport » par un non moins mystérieux « Lecteur » qui conduit, Fernando, le narrateur, à évoquer un souvenir personnel : une journée d’août 1971, la plus importante de sa vie où, pendu aux basques de Pépito le boiteux, un petit gitan paria, il court à travers les bas-fonds de la ville à la recherche d’un certain Watusi accusé du meurtre de la petite Julia.
Julia appartenait au clan des de Celso qui s’est empressé de dépêcher ses sbires sur les traces du Watusi, truand bringueur et danseur, figure mythique du quartier, personnage improbable et invisible qui n’apparaît qu’à la toute fin du roman. Une course poursuite s’engage alors entre les deux gamins et les tueurs de la famille. Dans un taudis rendu boueux par une pluie meurtrière, les deux apprentis justiciers naviguent de lieux interlopes en bouges, de chapardages  à l’étal en vols de voitures, passent d’un lupanar au zoo de la capitale catalane, s’efforcent de fausser compagnie à une bande de voyous sadiques et d’éviter les envoyés des de Celso.
Cette course justicière et initiatique - l’apprentissage de la peur -  révèle la zone barcelonaise, sa faune, « rebuts humains pathétiques de cette montagne » où les paumés, les truands en tout genre et de tous âges, les prostitués au grand cœur et les putes vénales, les flics véreux et les familles des taudis se mêlent, cohabitent tant bien que mal malgré l’énergique injonction maternelle administrée à Fernando d’étudier et de ne pas fréquenter les jeunes du quartier des Bicoques et du Taudis « aux regards et jeux féroces ». 
Dans ce récit de la falsification et de la manipulation, Fernando fait d’abord figure du naïf aux côtés de Pépito, son aîné en galère et en expérience de la rue, qui détient, lui, toutes les clefs de cette histoire où le Watusi n’est peut-être qu’un bouc émissaire. Pour Fernando, la scène du pseudo procès se révèle une farce pour travestir la vérité : « je ne compris qu’à ce moment-là, et cette décision mentale allait me durer, Lecteur, presque toute ma vie, que c’était leur façon de faire, mettre en scène et insister jusqu’à ce que le plus bête et le plus courageux, se rendent compte. À partir de ce moment-là, quelle que soit la vérité, c’était cela qui allait être raconté et tous, pour notre bien, nous serions d’accord ».  Une farce, mais une farce fondatrice qui devrait se rejouer dans les prochains épisodes de la vie de Fernando qui s’en va, avec sa mère, s’installer dans une loge de concierge à Barcelone même, loin des taudis.


Traduit de l’espagnol par Claude Bleton, éditions Actes-Sud, 280 pages, 19,80 €

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