UA-64061973-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/07/2009

Gare du Nord

 

Abdelkader Djemaï

Gare du Nord

 

djemai lisant.jpgL’écrivain algérien auteur en 1995 d’Un Été de cendres donne avec Gare du Nord un roman au style minimaliste où, sans jamais en avoir l’air, par touches légères et successives, il finit par brosser le tableau d’une vie, d’une situation ou d’une société. L’histoire elle-même est épurée, dégraissée, au point de laisser disparaître toute trame ou suspens romanesque. Le risque d’inconsistance pourrait guetter n’était l’importance ici de la langue et cette faculté de l’auteur à faire partager son adoration gourmande pour les mots.

Gare du Nord. Parmi les milliers de voyageurs, pressés de prendre un train pour aller quelque part ; entre des hommes et des femmes qui attendent un être cher, impatients à l’idée d’enlacer l’être aimé ou heureux de retrouver un proche ; au milieu de cette cohue sans nom, impérieuse et indifférente, déambulent trois solitudes. Ce sont trois chibanis, de vieux immigrés algériens qui, chaque jour, effectuent la même ballade. Sans but ni personne à retrouver. Des vieux « sans histoire » pour s’inspirer du titre du premier roman de Tassadit Imache. C’est pourtant à ces histoires-là qu’Abdelkader Djemaï a décidé de s’intéresser. Tout au long du roman, ils ne seront désignés que par leur sobriquet, Bonbon, Bartolo et Zalamite. Usage courant dans l’immigration algérienne, le sobriquet n’est pas seulement ici marque de réalisme. Bonbon, Bartolo et Zalamite sont à deux doigts de refermer la boucle d’une vie passée sans avoir fait de bruit et sans laisser de traces. Ou presque.

Un triple portrait tendre comme pour tirer de l’oubli ces chibanis qui ont donné leur vie, moins pour les leurs que pour une amante bien exigeante et au final bien ingrate : « Madame la France ». Et lorsque la mort implacable fauche une à une ces existences, l’orage peut bien éclater dans le ciel, « comme un sanglot » sur des patronymes enfin retrouvés, la pluie, elle, efface les traces des pas des chibanis laissés sur l’asphalte des villes de France. Efface jusqu’à leur souvenir. Ou presque.

 

Ed. du Seuil, 2003, 91 pages, 11 euros.

 

 

Les commentaires sont fermés.