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05/07/2009

Les Amants désunis

Anouar Benmalek

Les Amants désunis

 

les amants désunis.jpgL’auteur, mathématicien, co-fondateur après les émeutes d’octobre 1988 du Comité algérien contre la torture dédie ce premier roman “à tous ceux qui, en Algérie, n’ont plus de voix”. Les Amants désunis réussit la gageure de donner à lire l’Algérie sans jamais en faire l’objet central du récit. Le ton y est juste et plus que de longs développements critiques la description de scènes quotidiennes suffit à montrer l’impuissance face au drame d’une population que le siècle n’aura pas épargnée. La vérité y est complexe et diffuse, jamais totalement saisissable, irréductible à une représentation univoque.

Le sujet du livre est l’amour qui, malgré les vicissitudes de l’histoire et la méchanceté des hommes, lie Nassredine à Anna, le Chaoui et la Suissesse.

Pour raconter cet amour algérien dans le siècle, A.Benmalek, maîtrisant parfaitement la construction,  saute allègrement des années quarante (la rencontre en pleine période coloniale) au drame des années quatre-vingt dix (les retrouvailles) en passant par la guerre de libération nationale  qui se soldera pour nos deux protagonistes par une séparation de 27 ans après un projet de mariage dramatiquement interrompu.

Deux lignes traversent le roman, l’une, lumineuse, l’autre, noire.

La tendresse des amants; l’amitié, l’entraide, la générosité, le don de soi que porte le peuple algérien (ici symbolisé par  Saliha et Khalti ou l’infirmier du dispensaire de Batna) parcourent le livre tel un rayon de lumière. Et surtout il y a Jallal “le petit gosse affamé des poubelles”, le guide d’Anna quand, au soir de sa vie, elle décide de se rendre en Algérie pour se recueillir sur la tombe de ses deux enfants assassinés dans les années cinquante par l’ALN.

Mais, toujours le drame assombrit les existences et noircit l’horizon : la mort attend son heure. Alors, certaines pages, certains passages, donnent à désespérer de l’Algérie, des hommes, de l’amour, de la vie même. Et pourtant, comme le dit Zohra, la mère de Nassredine : “le monde se rattrape de sa méchanceté”. Parfois.

Dans l’obscurité, les faisceaux lumineux des phares d’une vieille voiture bringuebalante, tente de déjouer les dangers de la nuit algérienne. A l’intérieur, deux vieux  amis - l’un est chaouï, l’autre touareg - et une femme, une “roumia”. L’amitié et l’amour veillent sur un petit enfant martyr allongé sur la banquette arrière. Ce condensé d’humanité serpente vers la lumière d’une nouvelle aube. L’enfant a eu la gorge tranchée. Il est encore sans voix. Malgré le temps, malgré les échecs et les blessures de l’histoire, les corps marqués à jamais, le monde finira-t-il par se rattraper de sa méchanceté? Et l’Algérie connaîtra t-elle enfin cette “rectification du destin” qu’attend depuis 40 ans Nassredine?

 

Ed. Calmann-Lévy, 1998, 339 pages

 

 

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