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  • La citation du jour

    « Partir dans la vie avec une double culture – ce qui fut mon cas – complique évidemment les choses, mais les fait avancer aussi. Dès l’enfance, les expériences se présentent comme les pièces dispersées d’un puzzle qu’il faut ensuite rassembler. On passe du chaos à la réflexion pour étudier leur configuration, et tenter de saisir ce qu’’elles veulent exprimer. On ne saisit évidemment pas tout ce qui nous arrive. Un jour on ne comprend pas, le lendemain on comprend mieux. Même les expériences pas très agréables, parce qu’elles provoquent l’indignation, nous enrichissent. »  Pierre Rabhi

     

    Olivier Le Naire, Pierre Rabhi, semeur d’espoir. Entretiens, Actes Sud 2014

  • La citation du jour

    « Les Européens et les « Arabes », que les premiers ne vouvoyaient jamais, n’avaient pas l’habitude de rire ensemble. Sauf, peut-être, dans l’obscurité des salles de cinéma en regardant Fernandel, Laurel et Hardy ou Charlot ».

     

    Abdelkader Djemaï, Une ville en temps de guerre, Seuil 2013

  • La citation du jour

    « Cette Afrique de l’autre bord, il aurait bien lui dire en face ce qu’il pensait d’elle. Ils se prenaient pour qui, ces Diaspo avec leur parler cheucheucheucheu et leurs anecdotes à la gomme ? L’autre jour dans l’émission, il y avait un rappeur-là, il était trop grave. Il parlait de sa mère, comme quoi sa vieille avait dû galérer pour l’élever, et qu’au lieu de lui crier après, elle le prenait dans ses bras tous les soirs pour lui raconter une histoire. Elle lui avait transmis « tous les trésors d’Afrique », c’est ce qu’il voulait nous faire croire, l’autre. La « sagesse » africaine, les « valeurs » africaines, bref, il disait que tout cela lui manquait et qu’il ne ratait jamais une occasion pour partir au pays se ressourcer. Ressourcer quoi ? Se ressourcer mon œil ! Biram poursuivait : «  D’ailleurs, c’est bien simple. Si un jour j’arrive à faire ma vie en Europe, je ne veux même pas entendre parler de diaspora. Même si on me prend pour un malade mental, un fascite, un intégriste, un campagnard, c’est leur problème. Diaspo, c’est du toc de Chinois. Tu es africain ou tu n’es pas africain, il n’y a pas de milieu, point trait. »

     

    Fabienne Kanor, Faire l’aventure,  JC Lattès, 2014

  • Au pays de mon ballon rouge

    José Manuel Mateo Calderon et Javier Martinez Pedro

    Au pays de mon ballon rouge

     

    Calderon_Ballon.jpgAu pays de mon ballon rouge raconte l’histoire d’un petit mexicain qui doit abandonner son ballon, rouge, et son chien, pour émigrer, avec mère et sœur, de l’autre côté de la frontière, aux Etats-Unis. Rien de nouveau sous le soleil migratoire mais il est vrai aussi qu’il n’est pas vain de répéter ad libitum que : les migrants ne quittent pas leur terre pour le plaisir, que le voyage est loin d’être une sinécure, que le danger se cache derrière mille et un visages, qu’un mur de 1 100 kilomètres sépare les deux pays, et que, pour ceux qui ont pu échapper aux trafiquants ou aux chiens de la police, il faudra grimper bien haut sur de grands immeubles pour nettoyer les vitres et les enseignes lumineuses symboles d’une autre société et d’une modernité à vous filer le tournis et le bourdon.

    L’originalité de ce beau livre tient aux illustrations. Il s’agit ici d’un codex inspiré des plus anciennes traditions aztèques ou mayas dessiné sur du papier amate, un papier fait de fibres de ficus, par Javier Martinez Pedro présenté par l’éditeur comme « l’un des plus grands spécialistes actuels au Mexique » du genre.

    Cela donne des dessins naïfs, des planches denses, sans perspective mais riches où les scènes et les épisodes du quotidien s’entrelacent, se chevauchent pour le plaisir et l’intérêt des regards fureteurs.

    Le format est à l’italienne, les textes en blanc sur fond noir ou rouge, le codex monochrome figure en vis-à-vis. Tout cela donne une maquette sobre et élégante.

    Traditionnellement, les Amérindiens racontaient leur vie dans leurs codex. Aujourd’hui, des auteurs, des « artisans » couchent sur du papier amate le quotidien des leurs, la vie de leur village ou des scènes de la modernité. Les amates considèrent « le monde comme un tout ».  « Ces images, où tout est imbriqué, nous disent (…) qu’il nous faut penser notre vie et celle de la planète comme une seule et même histoire. » Tout un programme !

    Pour aller plus loin le livre se referme sur quelques notes explicatives consacrées à l’immigration mexicaine et à l’art des codex. Le codex de l’album y figure aussi, en une seule et longue planche. Époustouflant.

     

    Edition Rue du Monde, 2011, 17€