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11/11/2013

Sans-Papiers. Pour lutter contre les idées reçues

Sans-Papiers. Pour lutter contre les idées reçues

 

p430_ph21_sans_papiers.jpgPetit livre militant proposé par le mouvement Utopia, « mouvement politique de gauche, altermondialiste et écologiste », pour faire le point sur la question des sans-papiers en réfutant, brièvement et de manière didactique, quinze « idées reçues » sur le sujet. Bref et subjectif rappel pour les bons élèves de quelques uns de ces préjugés et autres lieux communs, partis pris hostiles ou paresses de la pensée. : « la France ne pourrait accueillir toute la misère du monde » ; « l’immigration coûterait chère au porte monnaie national et notamment à son budget social » ; « régulariser constituerait un appel d’air dans lequel s’engouffreraient tous les déshérités de la terre (africaine s’entend)» ; « l’immigré quand il ne prend pas le travail des nationaux fait monter la courbe des demandeurs d’emplois » ou encore, « l’Aide publique au développement versée par les pays développés suffirait aux pays en voie de développement », etc.

La plupart des objections ici apportées à cette doxa anti-immigrée sont connues : ainsi, ce ne sont pas les plus pauvres qui migrent mais bien celles et ceux dotés du nécessaire pécule et outil intellectuel. A propos du coût de l’immigration, les auteurs citent deux études sur l’Espagne et la Grande Bretagne (déjà présentes dans le dernier livre de Michèle Tribalat qui n’est pas une « immigrationniste ») et une autre de la Banque mondiale qui tendent à montrer que les immigrés rapportent. On peut aussi faire référence à la récente étude sur les coûts de l’immigration pour l’économie nationale dirigée par Xavier Chojnicki de l’université de Lille pour le compte du ministère des Affaires sociales.

Sur le contrôle des frontières et les expulsions, les auteurs dénoncent le coût d’une politique et son inefficacité : malgré les efforts des gouvernants, les flux continuent et la main d’œuvre immigrée reste indispensable à plusieurs secteurs de l’économie. Qui plus est - et tant qu’à faire - une main d’œuvre sans droits génère moult profits à des entreprises dont la délocalisation est peu ou pas envisageable. Comme il existe un lien étroit entre les stratégies déployées par les migrants et les politiques gouvernementales, les conditions administratives et juridiques, Utopia propose de substituer une politique d’ouverture des frontières à près de quarante ans d’obstacles mis à la circulation des migrants. Selon le mouvement, l’ouverture donnerait la possibilité aux migrants de pouvoir entrer et sortir du territoire national et, ainsi, maintenir des liens étroits avec le pays d’origine. Le retour pourrait être envisagé plus sereinement - et de citer une étude de l’OCDE selon qui, 40% des migrants retourneraient chez eux dans les cinq ans qui suivent leur arrivée.

Le souci de s’appuyer sur les travaux de chercheurs reconnus (Fassin, Héran, Terray, Weil…) et les études d’organismes tels l’OCDE ou la Banque Mondiale ne parviennent pas à refreiner, ici ou là, quelques envolées militantes. A trop vouloir bien faire, on prend le risque aussi de substituer une doxa à une autre. Ainsi, on se demande d’où est tirée cette statistique selon laquelle « les pays du Nord n’accueillent que 20% des flux migratoires mondiaux »(1). Même mou dubitative quant à cette assertion : « les migrants représentent seulement 5,6% de la population en France »(2). Quid aussi de cette nouvelle  tarte à la crème qui court les couloirs et les colloques selon laquelle la liberté de circulation serait un « droit ancestral » et la migration consubstantielle à l’espèce. Alors certes, l’homme n’a cessé de marcher depuis son lointain berceau africain, mais à bien y regarder les migrations dans le monde ne concernent que 218 millions de personnes soit … 3,1 % de la population mondiale. Le droit de circuler ? Oui, mais peut-être et surtout le droit de pouvoir vivre chez soi. Ici, Utopia cède à « la victimisation de l’Occident » et dénonce pêle-mêle les séquelles de la colonisation plutôt que d’ « aide », il préfère parler de « restitution »), les injustices du système économique mondial, et les inconséquences de nos comportements individuels en tant que consommateur ou électeur etc. Tout n’est pas faux, mais on en oublierait les responsabilités des Etats et des élites politiques des pays en voie de développement. On en oublierait aussi ces militants démocratiques du Sud qui demandent des comptes à des dirigeants en place parfois depuis près de cinquante ans d’indépendance…

En fin d’ouvrage, Utopia donne une liste de dix mesures pour une réforme des politiques de co-développement et une autre, contenant treize propositions, pour une autre politique d’immigration. Au cœur de cette dernière figure la régularisation sans conditions de tous les  immigrés sans-papiers. A sa sortie, veille d’un rendez-vous électoral, ce fascicule s’adressait pour l’essentiel à la « gauche ». Aujourd’hui, on lendemain de la victoire des socialistes, l’apostrophe demeure d’actualité. Le débat reste ouvert…

1- Selon le PNUD sur les quelques 214 millions de migrants internationaux dans le monde en 2009, 37% partaient d’un pays pauvre vers un pays riche et 60% se sont déplacés entre pays riches ou entre pays pauvres.

2- En 2006, il y avait 5 millions d’immigrés en France métropolitaine soit 8,2 % de la population française (INSEE). Selon une récente étude de l’Ined qui, comme l’ONU définie un immigré comme une « personne née dans un autre pays que celui où elle réside » (incluant donc les Français nés hors de France), la France compterait 6,7 millions d’immigrés soit 11% d’immigrés.

 

Préface de Danielle Mitterrand, édition Utopia, 2010, 78 pages

 

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