UA-64061973-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

22/02/2013

Mara

Mazarine Pingeot

Mara

Mazarine%2520Pingeot.jpgL’identité. Les origines. La filiation. Le Je en soi et le je qui est un Autre. La construction de soi dans son rapport aux autres, à une histoire riche ou lourde de plusieurs générations, à cheval sur plusieurs pays, plusieurs cultures, plusieurs langues. Ces thèmes ne cessent d’envahir la littérature. Ils ne font pas seulement le miel des écrivains issus des migrations, auteurs de langue française, anglaise, japonaise, néerlandaise ou autres. Ainsi Mazarine Pingeot, dont on connaît l’histoire, n’est pas fille d’immigrés. Au mieux, elle connaît le monde, entretient quelques affinités avec le proche Maroc et préfère, selon le site bakchich info « faire la classe dans une banlieue qui n’est pas Neuilly ». Pourtant son livre, Mara, portrait d’une belle et jeune femme, traite justement de ces thèmes. On a voulu parfois en faire un roman sur l’inceste, l’amour entre deux jumeaux, un frère, Manuel, et une sœur, Mara. Certes, l’épisode ouvre le roman. Pour autant, la gémellité, ne serait qu’un moment, une strate dans la construction de Mara, dans son émancipation, dans cette maïeutique qui finira par accoucher d’elle-même.

Séparés à leur naissance, abandonnés aux services de l’Assistance publique, le frère et la sœur se retrouveront des années plus tard. Ensemble, ils vivront comme mari et femme dans une villa de Tanger surplombant les flots bleus et l’horizon lumineux où se dessinent, à quelques brasses seulement, les rivages du continent européen. Le frère et la sœur chercheront dans la fusion des âmes et des corps une réponse, un sens au vide des origines, une identité, un absolu aussi, jusqu’à l’impasse d’un cabanon sur la terrasse.

Commence alors un autre épisode : l’enquête sur les origines que Mara mène avec Hicham, l’associé de Manuel. De la guerre de libération à la nuit noire des années 90 en passant par l’immigration algérienne à Paris, l’Algérie mystérieuse et son histoire trouble et emberlificotée, constituera le terrain de cette recherche. La France et l’Algérie, en voilà un autre thème qui n’en finit pas d’interroger les consciences et de titiller les curiosités. Cent trente deux ans de colonialisme et plus d’un siècle d’immigration laissent forcément des traces dans les histoires nationales, les cultures et les peuples. Et dans la littérature.

Alors pourquoi pas l’Algérie ? Reste que Mazarine Pingeot plonge son lecteur dans une étrange litanie des barbaries, servie sur un mode journalistique et se hasarde dans le débat du « qui tu qui ? » pour le moins inutile. Elle est plus à son affaire pour décrire les histoires familiales ou individuelles, le quotidien des immigrés ou de journalistes algériens, et bien sûr ce parcours qui conduira Mara vers sa part algérienne.

Mazarine Pingeot observe ses contemporains avec acuité, laisse entrevoir avec efficacité les tensions et les mouvements psychologiques, passe allègrement des milieux européens au Maroc à l’immigration algérienne du XXe arrondissement de Paris, de la légèreté des cercles artistico-médiatiques de la capitale parisienne à la chaleur d’un modeste salon d’une famille algéroise, campe ses principaux personnages (Mara, Manuel et Hicham) avec véracité et donne corps à quelques beaux personnages secondaires (Khadija, la femme de ménage ou Hanina, la photographe algérienne)… L’intrigue fonctionne. Les passages d’un pays à l’autre, d’une culture à l’autre, d’un milieu social à un autre rythment le cours du récit. Des temps forts de l’enquête retiennent l’attention. L’amour contrarié de Hicham et Mara arrive à émerger du long cycle des crises et des retrouvailles sur l’oreiller.

Mais le pavé d’un peu plus de cinq cent pages de Mazarine Pingeot pèse. Trop long, il aurait du être abondamment dégraissé, lesté de ses parties rédigées sur un mode quasi scolaire, de ses répétitions et de ses épisodes inutiles ou fabriqués. Tout cela aurait permit de préserver l’intensité d’un récit dont la trame doit se frayer un chemin dans les méandres d’une écriture par trop prolixe.

 

Edition Julliard 2010, 507 pages, 21€

Les commentaires sont fermés.