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10/03/2010

18 poèmes

Rana el-Khatib
18 poèmes


Rana el-Khatib est une Palestinienne installée aux États-Unis,  à Phoenix, en Arizona. En 2004,  elle publiait un premier recueil de poésie politique, intitulé Branded : The Poetry of a So-called  "Terrorist". Ce sont dix-huit de ces poèmes qui sont ici proposés aux lecteurs francophones. Ce livre s'ouvre sur, peut-être, le plus caractéristique et le plus universel de ce recueil : la dénonciation des assignations à résidences culturelles,  raciales ou autres qui, dans les États-Unis de l'après 11-Septembre,  peut prendre un caractère urgent.



"Réduite à une brève déclaration,
je ne suis pas signifiante.  
Réduite à une menace,
je suis pleine de haine.
Réduite à un "Al" ou un "Abou"
je suis perturbatrice.  
Réduite à un tueur,
je suis démoniaque.
Réduite à un stéréotype,
je suis marquée
."  

 

Bien sûr Rana el-Khatib dit le drame palestinien :

"je n'ai pas cessé d'avoir mal pour un peuple.  Mon peuple"

Elle évoque la Naqba, l'exil, la mort, la peur, la misère. Plusieurs fois même, elle s'adresse directement à Israël ("Lexique du 'Juste'",  "Perspectives", "Courtier immobilier"  ou "Le Mythe subsiste").
Pourtant, l'essentiel, et peut-être le nouveau, réside dans ce refus des stéréotypes et la désignation de ses vecteurs : les médias, les dirigeants politiques et peut-être même les perversions des sociétés modernes.  La poésie de Rana el- Khatib déconstruit les images, les mots, les représentations qui,  entretenant la plus parfaite ignorance  ("en liberté, l'ignorance est un choix"), masquent l'humanité derrières les slogans et les a priori,  condamnent, emprisonnent dans  "La grande toile des mots" les victimes elles-mêmes :



"vos leaders élus
vous alimentent de petites phrases.
Votre opinion est définie
par leur conception des droits."


Les poèmes de Rana el-Khatib sont souvent d'une composition structurée, aux images simples et sombres. Le pessimiste ne concerne pas seulement l'issue du conflit israélo-palestinien ("Paix insaisissable")  mais l'espèce humaine toute entière comme le montre le poème "Continuum" qui dit l'éternel recommencement de l'histoire : victimes, indifférence, silence.  Triptyque conjugué au passé, présent et futur !


Traduits de l'anglais (ÉU) par Gérard Jugant, La Courte Échelle/Éditions Transit (29, La Canebière, 13001 Marseille) 2004, 31 p., 8 €