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05/01/2014

La citation du jour

 

« La solitude me devint insupportable, j’appelai le chauffeur ; ensemble, nous bûmes plusieurs verres du meilleur cognac français du Magicien. Jamais encore une chose pareille ne s’était produite ; mais Hans, tout comme moi, trouvait que cela n’avait plus d’importance. Nous trinquâmes et ses yeux se mouillèrent ; le tremblement de sa main se fit de nouveau imperceptible. D’une voix énergique, quoique chevrotante, il me souhaita bon voyage et « un avenir heureux à l’étranger ». Nous nous serrâmes la main à plusieurs reprises, d’abord à la maison, puis sur la place de la gare et enfin par la fenêtre de mon wagon-lit. Je ne me sentais plus aussi triste puisqu’il y avait là une voix qui me parlait et une main que je pouvais serrer.

Le dernier être humain que je vis, dans ma patrie, le dernier qui me consola, était une canaille au cœur tendre, un traître deux fois traître, aux yeux bleus.

Je quittai l’Allemagne le 13 mars 1933. »

 

Klaus Mann, Le Tournant, Solin 1984, Actes Sud 2008

 

 

 

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