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  • La citation du jour

     

    « Les paupières se font lourdes. Le vieux pince les cordes les yeux dans le vide. Le violon a encore quelque chose à lui apprendre. Il en extirpe une espèce de nourriture céleste qu’il distribue aux siens sans rien attendre en retour. Quelque chose dans l’air s’allie à leur torpeur. Ils n’ont plus faim, ils n’ont plus peur. Adam et son violon font une trouée dans le temps, retrouvent le son des cithares orientales, par-delà les siècles, par-delà les terres indiennes ou égyptiennes qu’ils n’ont jamais foulées, les voix de leurs ancêtres. »

     

    Paola Pigani, N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures, Liana Levi 2013

     

  • La citation du jour

    " Pas plus tard qu’hier un Blanc m’a demandé si j’étais un vrai Indien. Non, j’ai répondu, Christophe Colomb s’est planté. Les vrais Indiens sont en Inde. Moi, je suis un vrai Chippewa.

    Chipé quoi ? Pourquoi n’avez-vous pas de nattes ?

    On me les a chipées, je lui ai dit (...) "

     

    Louise Erdrich, Dans le silence du vent, Albin Michel 2013

  • la citation du jour

    « Perdre le goût du mouvement serait perdre le goût de la vie »

    Paola Pigani, N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures, Liana Levi 2013

  • Burka

     

    Eva Schwingenheuer

    Burka



    SOEUR JPEG.jpgVoici un accoutrement qui, à juste raison, dérange plus d’un électeur. Une loi a été votée histoire d’enrayer un phénomène qui pour ne concerner que quelques femmes - dont pas mal de converties – n’en traduisait pas moins l’avancé de quelques pions sur un échiquier où, une fois de plus dans l’histoire, laïcité et ce qui est présenté comme "religieux" s’opposent. De la fermeté. De la fermeté législative donc ! Et pourquoi pas aussi une bonne dose d’humour ?

    C’est un cocktail détonnant et gourmand que sert Eva Schwingenheuer avec ses 45 dessins sur la burka. Une burka épanouie et incongrue qui, entre satyre et poésie, se prête à sourire et même, souvent, à s’esclaffer. Pouvoir rire de tout est déjà une victoire sur les grincheux. Et nul n’est sensé ignorer que les intégristes, de tous les pays et de toutes les confessions, ne goûtent guère l’humour. Et toc ! donc.

    Ce petit livre est une réussite. Il est d’abord d’une élégance rare : le noir de ces burkas qui se dégage d’un fond blanc a l’efficacité d’une ceinture noire sur un kimono blanc et l’épure d’une calligraphie. Il est ensuite imaginatif, multipliant les mises en scène de cet ennuyeux bout de tissu : à la plage,  au camping, à la piscine, en braqueur (se ?) de banque, face à l’institution policière, en Marylin, en danseuse étoile etc. Souvent à se tordre, parfois explosif (quand la burka sert à tapiner où à dissimuler on ne sait qui pour faire on ne sait quoi), le Burka de Schwingenheuer entrouve, avec malice, quelques portes, laissant filtrer chez le lecteur des rais de lumière (« censuré », « sœurs spirituelles » ou encore « carnaval »…)

    L’auteur, illustratrice formée aux beaux-arts de Düsseldorf est née en 1979. A sa sortie en Allemagne, en 2009, son livre provoqua remous et débats. Les intégristes n’aiment pas l’humour ? Raison de plus pour s’en servir.

     

    Traduit de l’allemand par Bert Wendlandet Marie Laureillard-Wendland, Anabet Éditions, 2010, 96 pages, 9,80 €

    Légende de l'illustration : Sœurs spirituelles