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30/09/2009

Sérail killers

Lakhdar Belaïd
Sérail killers


images.jpgLes lointains et douloureux échos de la guerre d’Algérie n’en finissent pas de résonner, d’agiter les esprits, de réveiller des consciences voire de vieux démons. L’actualité fourmille d’exemples à commencer par la multiplication des colloques, articles de presse et autres publications.
Dans ce premier roman, Sérail killers, le journaliste Lakhdar Belaïd laisse remonter à la surface un autre épisode dramatique de la guerre d’Algérie, celui qui a opposé nationalistes algériens et harkis. Le cadavre de Farid Hand-Lounis  repêché dans le canal de Roubaix et une vague de meurtres visant des Algériens font craindre le retour de cette guerre intestine. Pour l’heure, de vieux et méchants souvenirs affleurent qui tentent de donner sens à ces assassinats. Les deux lascars qui mènent l’enquête portent les stigmates de ce lointain conflit. Lakhdar, le journaliste, est le fils d’un nationaliste algérien, tendance messaliste. Bensalem, le flic, est le fils d’un harki... c’est dire si la relation entre ces deux copains de la communale peut parfois être explosive. Ensemble, ils découvriront l’existence d’un incroyable “ Plan X ” visant à réveiller et instrumentaliser de vieilles haines et des blessures toujours douloureuses.
Avec doigté et subtilité, Lakhdar Belaïd met en scène les fils de l’intrigue. La vivacité et la légèreté de son écriture rendent avec délectation l’oralité d’une langue où quelques mots arabes ponctuent, pimentent un français frondeur.
Les horreurs et les corps refroidis ne parviennent pas à enfermer dans leur remugle la fraîcheur du texte. La personnalité des deux enquêteurs y contribue pour beaucoup comme celle de Dalila, la femme de Lakhdar. Tous deux forment un couple symptomatique. Musulmans (surtout elle...), ils respectent le jeûne du mois de ramadan. Sans ostentation. Dans la simplicité, loin des gesticulations religieuses ou communautaires. Leur réussite professionnelle s’est construite dans l’anonymat. Sans rien devoir à personne. Sans rien devoir prouver. Il n’y a d’ailleurs rien à prouver. Les personnages de Lakhdar Belaïd montrent une réalité par trop occultée : celle d’hommes et de femmes, français d’origine étrangère et de confession musulmane (ou pas d’ailleurs...),  bien dans leur tête, complètement inscrits dans l’ici et le maintenant. Les couples s’aiment, se font l’amour, se chamaillent en toute candeur et la femme ne se voit pas reléguée dans un statut de mineur.
Un large pan de la société française est ici rapporté qui cloue le bec aux représentations fantasmées et aux discours de représentants autoproclamés d’une introuvable communauté.
La fraîcheur exhale aussi du ton. Lakhdar Belaïd, sans jamais se prendre au sérieux et sans en avoir l’air, balaie les dangereuses “ certitudes badigeonnées de bonne conscience ” et va loin dans la compréhension de sujets historiques ou d’actualités : la Guerre d’Algérie, la question harkie, les chausse-trapes réservées par les élus aux jeunes issus de l’immigration, les mœurs et les magouilles politiques, le quotidien des populations issues de l’immigration, les pratiques associatives, l’insupportable islam des convertis et le non moins insupportable islam des faux bigots mais vrais geôliers d’ “ épouses emballées sous toile cirée et embastillées à la maison ”....
Le lecteur s’amusera à tirer la morale de cette histoire. Avec l’auteur, il ne rechignera pas longtemps à se soulager d’un roboratif : “ nique les hypocrites ” à la face des tartuffes de tous poils - faux dévots musulmans, faux démocrates, algériens ou français, mais vrais magouilleurs, bonimenteurs de l’intégration et autres zappeurs idéologiques en mal de subventions. Ah, que ce livre fait du bien !

Collection Série noire, éd. Gallimard, 255 pages

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