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28/07/2009

La Promenade des délices

Mercedes  Deambrosis

La Promenade des délices

 

Deambrosis.jpgDans ce recueil de huit nouvelles, Mercedes Deambrosis auteur de trois premiers romans (le premier paru en 1999 chez Dire éditions, les deux derniers chez le même éditeur) revient sur la guerre d'Espagne pour en montrer les retombées sur une population finalement et bien souvent vaincue, bourreaux et victimes confondus. La plume n'est jamais accusatrice. Le contraste est d'ailleurs saisissant entre la délicatesse de l'écriture et la dureté des faits, entre le rythme paisible et fluide de la phrase et les convulsions des événements rapportés. Mercedes Deambrosis ne transporte pas le lecteur au milieu des champs de bataille ou au cœur d'une embuscade. Elle ne le place pas en spectateur privilégié dans le feu de l'action et le bruit des armes. Elle préfère le silence des consciences, l'intimité des âmes, les destinés individuelles, les doutes des uns, la grandeur ou la faiblesse des autres. Ce n'est pas l'Histoire qui défile sur les grandes avenues mais le peuple d'Espagne surpris, dans sa diversité et son quotidien, dans les ruelles et les à-côtés. Ces à-côtés qui font la vie. La vraie, la seule qui vaille le coup comme peut le laisser entendre la phrase d'Andrès Trapiello choisie par l'auteur en exergue  à son livre :"hacer una guerra y morir por ella no tiene el menor intéres (faire une guerre et mourir pour elle n'a aucun intérêt)".

Pourtant les flots de l'Histoire finissent par submerger les existences, brutalisent, violentent, brisent la ligne des histoires personnelles. Ainsi, cette concierge, déçue ne de pas parvenir à ses fins, en vient à dénoncer à la milice son paisible mais célibataire locataire.  Ici, c'est par jalousie qu'une jeune femme livre à la Phalange son amie d'enfance. Là, un jeune républicain demande l'absolution au curé qu'il est chargé de liquider. Ailleurs, une jeune et peut-être naïve mariée se retrouve à occuper l'appartement d'une famille, subitement disparue, sous les regards hostiles de ses nouveaux voisins et l'indifférence brutale de son mari qui, chaque soir, rendre de son travail les vêtements mystérieusement tachés.  Ou encore, avec finesse et en conteuse qui maîtrise à la perfection son sujet, Mercedes Deambrosis raconte comment, autour d'une partie de poker et d'un cancer en phase terminale, l'histoire d'une amitié brisée par la guerre civile peut, des décennies plus tard, être réinterprétée et les rôles redistribués. Mercedes Deambrosis n'a pas connu cette période. Elle est née quelque vingt après le début de la guerre. Elle a vécu au Portugal et en France. Écrites en français, ces nouvelles restituent la détresse des hommes et des femmes ballottés par des vents contraires. En revisitant une mémoire nationale et sans doute bien des mémoires familiales, elles aident à n'en pas douter à crever nombre d'abcès et à panser bien des blessures toujours douloureuses.

 

Ed. Buchet Chastel, 2004, 132 pages, 12 euros

 

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