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03/01/2018

Nourredine Saadi, La nuit des origines

Nourredine Saadi, La nuit des origines

AVT_Nourredine-Saadi_1617.jpgDans, La nuit des origines, son troisième roman, Nourredine Saadi multiplie les références littéraires et soigne sa plume. Un peu trop peut-être, au point de tomber dans un travers perceptible dans son premier roman : l’exercice de style. L’exercice peut, ici ou là, alourdir l’imaginaire et intellectualiser la veine poétique. Pourtant le sujet a de quoi séduire et, si le traitement est parfois poussif, la générosité de l’auteur et l’humanité des personnages habitent les lignes d’un récit touchant.

La question des origines, du lien avec un passé, hante la littérature algérienne. Des lieux et des objets matérialisaient symboliquement déjà cette question dans les deux précédents textes de Nourredine Saadi. Ici un manuscrit arabe du XIe siècle en est le support. Le manuscrit appartient à Abla, une exilée algérienne, logée dans un foyer de l’Armée du Salut, le Palais de la Femme, à Paris. Abla veut se séparer de cette pièce exceptionnelle, legs de son aïeul maternel, qui représente le lien avec une longue chaîne généalogique, une ville, sa ville, Constantine (qui est aussi celle de l’auteur) et un pays. Pour la jeune femme, vendre ce manuscrit, “c’est comme vendre ma famille, peut-être me libérer de ce foutu pays”. Venue en France “pour échapper à ce passé, à ses spectres, à mes fantômes”, voilà que, sous la forme d’un impossible amour prénommé Alain, tout rattrape Abla.

Alain aussi est de Constantine. Du moins sa mère, Aïcha. Son père, il ne le connaît pas. Tandis qu’Abla se démène avec une généalogie et un pays qui pour avoir dédaigné son identité pluriséculaire et plurielle a été droit dans le mur, Alain, lui, est sans famille, sans généalogie, sans pays presque, si ce n’est, depuis cette rencontre, la belle Abla. “La nuit des origines” hante chacun. Abla, prénom symbole de fidélité dans la poésie classique arabe depuis le poème d’Antar, devient au cours du récit Alba, la blanche et pure Alba, tandis qu’Alain retrouve son autre prénom, Ali… Éphémères et improbables transformations sur fond de marché aux Puces de Saint-Ouen, l’autre personnage de ce roman, “la Mecque de la brocante, où vient s’échouer trois fois par semaine l’écume des civilisations”. Par la bouche du grand père d’Abla, Nourredine Saadi rappelle qu’“on ne remet pas à l’arbre le fruit tombé.” Quand les règles de la gravitation éclairent les trajectoires des hommes et des femmes.

Edition de L'Aube, 2005. Prix Beur FM Méditerranée, 2006